Jean Mayodon naît à Sèvres, rue Bernard Pallissy, le 29 décembre 1893. Son père exerce la profession d’administrateur général du Grand Magasin « Au Bon Marché ». Ce dernier l’encourage à suivre son désir de création.
Tout jeune Mayodon exprime le souhait de devenir peintre, il rend souvent visite à Félix Bracquemond dont l’atelier est voisin. Grâce à lui il connaîtra toute l’Intelligentsia artistique de son temps : Eugène Carrière, Henry Cros, Claude Monet, Bourdelle et Rodin pour ne citer que ceux-là.
Après avoir effectué ses études au lycée Michelet son père l’envoi à Londres où il fera son apprentissage d’artisan peintre décorateur dans une maison de décoration de Bond Street. Il y réalise des toiles peintes et des projets de papiers-peints. Dans certaines toiles on sent l’influence de Monet dans un style post-impressionniste.
Il voyage, se rend à Venise ; rentré à Paris en 1912 Mayodon fait un cours passage à l’Académie Jullian et étudie la technique des maîtres. Il travaille au début de 1913 dans la maison de décoration Felz.
Plus tard, Félix Bracquemond lui présentera Massoul et Dammousse, céramistes de renom. Mayodon n’est alors qu’un jeune de 19 ans possédant un joli coup de crayon et côtoyant Rodin. A cette époque les ballets russes de Serge de Diaghilev sont le ferment de nouveaux rythmes, de graphismes jusqu’alors inconnus, d’un chromatisme et d’une esthétique révolutionnaire.
Mais c’est en 1913 que Mayodon fait la rencontre artistique déterminante qui marquera son style de façon indélébile. A deux pas de chez lui la grande danseuse Isadora Duncan vient de créer une école de danse ; sa renommée est alors immense. Eugène Carrière, Bourdelle et Rodin sont fascinés par sa chorégraphie érotique et iconoclaste et lui demandent de poser pour eux.
Mayodon s’y rend aussi assidûment et, fasciné, il exécute une suite impressionnante de dessins, d‘aquarelles et de peintures. Au-delà même de la thématique que lui a fourni la grande danseuse et sa fascination pour la Grèce Antique, c’est toute l’orientation artistique de Mayodon qui a été déterminée par cette rencontre.
A cette époque s’il s’est initié aux rudiments de la poterie(surtout théorique), l’autre rencontre capitale de sa vie : celle avec le feu, n’a pas encore eu lieu. « C’est après la guerre de 14-18 que je devins céramiste ». Mayodon réalisera ses premiers essais de formes et d ‘émaux avec Henry Cros maître verrier.
Quand en 1919 Mayodon expose ses premières poteries à Galliera il a assimilé les difficiles techniques inhérentes à la céramique. La gestuelle chorégraphique qu’il a patiemment engrangée à Bellevue se marie superbement avec ces vases dont les formes s’inspirent elles aussi de l’Antiquité Grecque si chère à Isadora Duncan. Il y a donc bien là un mouvement de va et vient entre le vase et la danse.
L’œuvre de Mayodon porte la marque d’autres cultures : la Perse, L’Egypte, la Renaissance et l’Italie ; d’autres motifs : tout un bestiaire de cygnes, de gazelles, de paons et d’oiseaux occultant parfois la figure humaine.
Mais le leitmotiv de sa création c’est bien ce foisonnement panthéiste et dionysiaque des couples dansant à l’infini autour du vase, autour du feu…
Si sa thématique et son bestiaire evoluent peu, sa technique se modifiera au fur et à mesure. Très vite il s’affranchira du style d’André Metthey qu’il considérait comme » ce magicien de la couleur et de l’or que je vénère et tiens pour le plus grand céramiste décorateur de notre temps ».
Les pièces de formes de la dernière période de sa vie (1945-1965) sont pour la plupart réalisées en faïence fine et revêtent un aspect lisse avec de grands aplats d’or.
Comme on l’a déjà précisé Mayodon, aime les mythologies du bassin méditerranéen. Il aime particulièrement les compositions épanouies où des personnages nombreux et colorés s’enchevêtrent dans des sarabandes, des fêtes bachiques et des rondes.
Outre les corps musclés des athlètes, les formes sensuelles des femmes callipyges, ses thèmes font constamment référence à une multitude d’animaux parmi lesquels le cheval, la gazelle, le poisson et le poulpe.
Souvent l’homme ou la femme s’accouplent à la bête et donnent naissance à de classiques Centaures, Nymphes, Tritons, Naïades, Sirènes et d’autres Gorgones. Il faut noter qu’il se réfère rarement explicitement à une scène mythologique précise mais préfère imprégner ses œuvres d’un climat, d’une coloration mythologique lui permettant une plus grande liberté.
Un autre aspect moins connu mais toujours sous jacent transparaît parfois dans la thématique de l’artiste : l’érotisme. Mayodon puise son érotisme dans l’iconographie des Grecs et des Romains.
Au début de sa carrière Mayodon a très souvent utilisé une très ancienne technique utilisée par les potiers : l’émaillage « à la poire » ou au bavolet, sous couverte. La couleur le plus souvent un engobe coloré. Il emploie épisodiquement ce procédé entre 1920-1930 puis l’abandonne pour s’intéresser à des outils plus modernes comme l’aérographe. Dans les deux premières décennies de son travail Mayodon utilise l’or de façon récurrente mais parcimonieuse, avec fort peu d’aplats. En revanche, dans les années 40 à 60 il fait appel aux grandes surfaces dorées. Durant sa carrière ce grand coloriste utilise toute la gamme des couleurs que pouvaient donner les différents mélanges oxydés. Dans les années 20-30 il utilise beaucoup de verts et bleus foncés, violet, gris, bordeaux, bruns…en revanche dans les décennies suivantes il fera appel à des nuances plus gaies pour ses fonds : bleus azur, rouge vermillon, des orange des jaune…
Assez tôt la qualité de l’œuvre de Mayodon suscita l’intérêt de décorateurs, d’architectes et d’ensembliers de grande valeur. Subes, Ruhlmann, Jules Leleu, Eugène Printz, Porteneuve, Jallot, Dominique, surent intégrer ses créations aux différents espaces qu’ils étaient chargés de décorer mais ils trouvèrent aussi en lui un sculpteur et un artiste décorateur de grande qualité.
Dès le début des années 1930 il réalise quelques fontaines, statues, fresques et piscines, soit pour des particuliers fortunés, soit pour des bâtiments officiels ou des grands paquebots.
En collaboration avec son ami , l’architecte Jean-Claude Dondel, il propose un projet de fontaine pour le Pavillon de la Porte Dorée à l’Exposition Coloniale de 1931.
De sa formation de peintre il garde un goût vif pour la fresque et les grands panneaux muraux en céramique.
En 1937 il présente à l’Exposition Internationale un superbe panneau destiné à une salle de bain ainsi qu’une superbe fontaine d’appartement, en collaboration avec Ruhlmann. En 1955 il produit pour le lycée technique de Galilée de Vienne deux grandes amphores. En 1965 il crée une fontaine pour les jardins de la Cité Administrative d’Alès.
Les paquebots étaient le reflet de la société contemporaine ils transportaient des classes sociales supérieures d’un point à un autre de la planète ; ce mode de voyage est, jusque dans les années 50, « the only way to cross ». Le paquebot exalte les valeurs du luxe, de l’unicité et du libéralisme.
Mayodon a participé à la décoration de cinq des plus grands paquebots français du siècle passé (Le Normandie, Le Pasteur, La Marseillaise, Le Flandre et Le France). Curieusement, son meilleur ami, Raymond Subes surnommait le céramiste : « le marin ». Ce sobriquet était-il dû à un attachement particulier à la mer ou à la quantité des œuvres qui traitent des créatures marines ?
Différents exemples d’œuvres monumentales et sculpturales (liste non exhaustive) :
-Dans la suite de luxe « Rouen » du paquebot Normandie Mayodon réalise un panneau décoratif selon la méthode du pré-découpage où les éléments sont émaillés et cuits séparément puis assemblés. Cette suite était particulièrement appréciée par Marlène Dietrich qui l’occupera à plusieurs reprises.
-Pour le paquebot Pasteur, Mayodon réalise une de ses plus belles œuvres monumentales. La piscine avec une paroi magnifiquement décorée par une composition verticale de 9 mètres de haut en céramique de grand feu, en haut-relief, signée Mayodon.
-Pour La Marseillaise il réalise un vaste salon de conversation dont les murs, revêtus d’érable blanc, forment aux angles des niches où s’inscrivent des vases de Mayodon.
-Dans le paquebot Flandres Mayodon est chargé de la décoration de la piscine. L’avant du bassin est doté d’une sculpture représentant un triton de la taille d’un homme en céramique émaillée vert et bleu assis sur des algues retombantes et soufflant dans un buccin.
-Enfin, pour « Le France », la Compagnie Générale Transatlantique confie à Mayodon la réalisation de la fontaine de la piscine des premières classes. Il est également chargé d’apporter sa touche personnelle à la décoration raffinée de l’appartement de Grand Luxe Normandie. On peut citer deux sculptures jumelles « Sirène et Triton » réalisées en céramique vert bronze d’une hauteur de 47 cm. Leur visage est tourné et incliné mais le bas du corps incisé d’écailles et se poursuivant en volutes, leur rend la puissance et l’impétuosité propre à la mer.
-En 1933, il réalise pour le XXIII Salon des Artistes Décorateurs un vase monumental pour Musée de la Mer à Biarritz ainsi qu ‘une « Sirène endormie » qui, occupe le centre de la grande enfilade en palissandre de Rio. Il exécute aussi deux fresques figurant des centaures et des amazones.
En outre nous pouvons mettre en exergue son rôle à la Manufacture de Sèvres(Conseiller dès 1934 puis dès 1941 comme Directeur) et dans diverses Expositions Internationales comme celle de 1937 où il est chargé de la composition générale du petit Salon dans le Pavillon de la Manufacture.
Jean Mayodon nous a quitté le 27 octobre 1967.
-En 1933, il réalise pour le XXIII Salon des Artistes Décorateurs un vase monumental pour Musée de la Mer à Biarritz ainsi qu ‘une « Sirène endormie » qui, occupe le centre de la grande enfilade en palissandre de Rio. Il exécute aussi deux fresques figurant des centaures et des amazones.
En outre nous pouvons mettre en exergue son rôle à la Manufacture de Sèvres(Conseiller dès 1934 puis dès 1941 comme Directeur) et dans diverses Expositions Internationales comme celle de 1937 où il est chargé de la composition générale du petit Salon dans le Pavillon de la Manufacture.
Jean Mayodon nous a quitté le 27 octobre 1967.
De nombreux passages cités ci-dessus sont extrais du livre de Monsieur Gérard Landrot
« MAYODON » Edition Argusvalentine's 2004.