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/ Louis SÜE & André MARE

-LOUIS SÜE- Louis Süe est né à Bordeaux en 1875 dans une famille aisée de négociants en vins. Après des études secondaires dans l’école de Sainte-Barbe à Paris et un bref passage à Polytechnique Louis Süe entre à l’école des Beaux-Arts en 1893 dans l’atelier de Victor Laloux, futur auteur de la gare d’Orsay en 1900. Dès...

-LOUIS SÜE-

Louis Süe est né à Bordeaux en 1875 dans une famille aisée de négociants en vins. Après des études secondaires dans l’école de Sainte-Barbe à Paris et un bref passage à Polytechnique Louis Süe entre à l’école des Beaux-Arts en 1893 dans l’atelier de Victor Laloux, futur auteur de la gare d’Orsay en 1900. Dès 1896 il étudie l’architecture classique avec Georges Gromort. En ce qui concerne l’Art Nouveau, l’attitude de Süe est complexe. Il connaît les écrits de Viollet-le-duc ainsi que sa contribution à l’avènement d’une architecture fonctionnelle et dynamique par l’emploi de la fonte de fer. En revanche, les ouvrages d’Hector Guimard ne trouvent pas grâce à ses yeux. Pourtant en 1900 il avait 25 ans et par conséquent il aurait pu adhérer à l’Art Nouveau. Louis Süe se comporte comme un classique qui a toujours su que la beauté réside dans « les bonnes proportions, la pureté des lignes, l’équilibre des masses, l’emploi judicieux de la matière et la sobriété de l’effet ».

Louis Süe découvre avec ferveur les impressionnistes du legs Caillebotte, se lie avec Pierre Bonnard et fréquente l’Intelligentsia présente à La Closerie des Lilas.
Une fois obtenu son diplôme d’architecture, Louis Süe s’accorde en 1901-1902 une année sabbatique afin de s’adonner à la peinture ; il entreprend un voyage à la recherche des traces de Delacroix en Afrique ou de Corot en Italie.
Dès son retour Süe renoue avec son métier d’architecte, il réalise tout seul ou avec son collaborateur Paul Huillard quelques commandes d’Hôtels particuliers à Paris, d’immeubles de rapports, des résidences particulières pour des amateurs fortunés.
En 1909, on présente les Ballets Russes qui déchaîneront et impacteront les créations artistiques. Cette même année Süe collabore avec le célèbre couturier Paul Poiret. Cette rencontre marque une étape importante dans la carrière du jeune architecte, qui l’orientera vers la décoration. On peut également imaginer qu’elle prélude aux relations avec André Mare, engagé par le beau-frère de Poiret, le décorateur André Groult.
Dès 1912, Süe se sépare de Paul Huillard et ouvre une boutique « l’Atelier Français » rue Courcelles à Paris tout près de celle de son ami Poiret. On y vend des meubles, des tissus, des poteries et divers accessoires. Cet atelier du goût n’est pas sans présenter quelques ressemblances avec les Wiener Werkstätte de Joseph Hoffman en Autriche.
Après une brève collaboration dans le château de La Foujeraie, près de Bruxelles, Louis Süe et André Mare s’associeront pour lancer la Compagnie des Arts français.
 

-ANDRE MARE-

Né en 1855 à Argentan, André Mare, de vocation artistique très précoce, se rend à Paris et poursuit dès 1903 des études à l’école des Arts décoratifs. Il ne semble pas montrer un grand enthousiasme durant cette formation où il a subi l’attrait du naturalisme propre au Modern Style. Il préfère l’ambiance de l’Académie Jullian, où l’enseignement est dispensé par des peintres proches du néo-impressionnisme et du nabisme.En 1904, André Mare et Fernand Léger décident de louer un atelier situé au 21, avenue du Maine.Dès 1906, après son service militaire André Mare ambitionne de réussir comme peintre. Il participa au Salon des Indépendants puis au Salon d’Automne. En 1909, le conservateur de la bibliothèque des arts décoratifs, recommande André Mare au beau-frère de Paul Poiret, André Groult. On peut penser que c’est part l’intermédiaire de Poiret et de Groult que s’effectue la rencontre entre Süe et Mare. Il fera de nombreux dessins pour le stand de Groult au Salon d’Automne de 1910 mais sa reconnaissance en tant que décorateur ne surviendra que lorsqu’il réalisera son propre stand en 1911. Au Salon de 1912, André Mare et ses collaborateurs proposent une villa à deux niveaux, « la Maison Cubiste » qui fera scandale. Ils font une maquette et une partie du rez-de-chaussée en grandeur nature. Le bilan de la prestation s’avère positif pour André Mare, il accède à la notoriété et il est définitivement reconnu avec ses amis cubistes. Il faut noter qu’il est parfois critiqué par d’autres. C’est ainsi, qu’au printemps 1913, il ouvre une petite boutique de « décoration générale, meubles et reliures » rue Auber dans l’attente du partenaire idéal que sera Louis Süe.

 
-SÜE ET MARE-
 
Louis Süe a 10 ans de plus qu’André Mare, son ouverture d’esprit, ses connaissances, ses relations ainsi que son ouverture vers des horizons étrangers (voyage en Autriche avec Poiret) sont autant de points qui font de lui un homme affirmé.
En ce qui concerne la décoration intérieure, c’est plutôt les ballets russes et l’influence de Paul Poiret qui dominent chez Süe. Louis Süe tombe rarement dans l’excès un certain classicisme tempère la fantaisie ou le décorum qu’il donne à ses présentations.
Les premiers modèles mobiliers de Süe remontent à 1910 et portent la double signature Huillard et Süe. La facture est encore mal définie et l’aspect assez lourd.
A la difference de Süe, André Mare n’a pas été influencé par les précédents viennois ou munichois. André Mare a une conception nationaliste de son art ; il se rallie à la tradition française. Les lignes de ses meubles sont simples, robustes et pleines.
Pendant la guerre, les créations sont fortement diminuées chez tous les décorateurs. Mais Louis Süe et André Mare ne perdent ni le contact ni l’espoir de mettre en commun leurs idées et leurs talents.
Dès 1917, les principes de la future Compagnie sont exposés. Le but étant de faire une grande boutique de décoration moderne où le travail en commun serait mis en avant.
Après une exposition d’art décoratif présenté en 1918, c’est l’immense projet de la décoration du défilé de la Victoire qui leur est proposé.
Après la guerre, le changement d’optique est radical et les principes sont clairement énoncés : volonté de tourner le dos aux séductions munichoises ; subordination de la couleur à l’architecture ; affirmation d’un style moderne. Au règne de la fantaisie et de la couleur, succède une volonté d’équilibre.
Dans l’immédiat, le problème crucial concerne le mobilier d’usage destiné à remplacer celui des innombrables foyers sinistrés.
La notion de « Compagnie », moins dans le sens commercial que dans celui du compagnonnage, est primordiale dans l’association des deux hommes. Dans cette Société, Süe est désigné comme Directeur Artistique et André Mare comme Directeur technique pour une durée de 10 ans. Comme collaborateur, on retrouve des amis d’André Mare qui avaient participé à la Maison cubiste ainsi que des collaborateurs de Louis Süe à l’Atelier Français. La galerie fut inaugurée en 1920 au 116 rue du Faubourg-Saint-Honoré. Dans celle-ci, deux types de production mobilière sont envisagés dès 1920 : meubles de prestige et meubles de série.
L’ambition de Süe et Mare est d’offrir à la société issue des bouleversements de la guerre l’image valorisante de ce quelle voudrait être et l’idée d’une continuité avec les productions du passé. L’extraordinaire vitalité des théories novatrices coexiste curieusement avec des modes de pensée fondamentalement conservateurs. D’une part, la tradition s’impose bien au-delà de 1918, sous couvert d’un néo-classicisme qui compose avec la réalité mais qui refuse la politique de la table rase chère aux modernistes tel que Le Corbusier. Tel est le point de vue de Süe : « L’admiration du passé, n’a jamais amené un grand artiste à faire une copie ; bien au contraire !... ». Il préconise donc de regarder le passé, non pour le reproduire, mais pour en extraire les éléments qui perdurent et peuvent engendrer un nouveau style.
Dans le vocabulaire décoratif de Süe et Mare, on note une profonde unité entre la période de leurs débuts et le style de leur maturité.
Le style décoratif de Süe et Mare est aisément identifiable parmi les créateurs de leur temps. On note dans leur œuvre commune une prédilection de Süe et Mare pour le style Louis-Philippe duquel ils s’imprègnent et réactualisent ; c’est en somme une « Evolution dans la tradition ».
Il est communément admis de parler du style Süe et Mare sans dissocier la contribution de l’un ou de l’autre parce qu’ensemble ils ont su évoluer vers un art ambitieux qui réussit à synthétiser leurs emprunts au répertoire traditionnel : la flore sous forme de gerbe, ou de guirlande, d’une part, les drapés et rubans sous forme de lambrequins d’autre part. On pourrait ajouter la double corne d’abondance fleurie qui est leur emblème pour la Compagnie.
Ils aimaient les courbes avenantes, les larges plis, les cornes d’abondances, les bouquets, les cannelures et les jeux d’étoffe. Enfin, il convient de noter que Süe et Mare persévèrent dans un chromatisme qui n’a pas d’équivalent parmi les autres décorateurs.
Parmi les figures géométriques qui plaisent le plus aux deux artistes, il convient de citer les ovales ou sections d’ovale dans lesquels se logent les arabesques avec des courbes tout en rondeurs.
Au lendemain de la guerre, la critique unanime salue l’initiative des deux décorateurs. Par ailleurs, la reconnaissance officielle s’est concrétisée sous forme de commandes honorifiques :ambassade de France à Washington, cabines de luxe pour le paquebot Paris, Palais à Madrid et légation à Varsovie. En 1921, deux commerces de luxe font appel à la Compagnie des Arts Français : le joaillier Linzeler et Jean Patou qui fait aménager sa maison de couture. Ainsi, peu à peu bon gré mal gré, Süe et Mare se trouvent conduits à un élitisme dont ils vont désormais assumer toutes les conséquences. Ils rejoignent sans l’avoir voulu Ruhlmann.
Parmi les clients importants de Süe et Mare, on trouve des industriels, des commerçants, des personnalités du spectacle, des lettres, de la mode, comme Jean Patou.
Jean Patou, grand couturier né en 1875, n‘est pas un client ordinaire à qui l’on peut imposer son goût. Homme cultivé et exigeant, son intention est d’harmoniser environnement et création professionnelle, selon une formule qui concilie tradition et modernité.
En 1923, Süe et Mare procèdent à l’aménagement de l’hôtel particulier de Jean Patou, rue de la Faisanderie à Paris. La décoration et le mobilier sont assurés par la Compagnie des Arts Français -chaises, canapé, fauteuils, bureau et une table basse de Süe et Mare-.
Des réalisations d’une telle importance sont rares, même si, dans les années 1922-1925, Süe et Mare trouvent en leurs commanditaires des clients privilégiés. Ainsi les années 1925 sont, pour Louis Süe et André Mare, des années fastes et fécondes sur le plan de l’architecture, de la décoration d’intérieur et de la création mobilière.
En 1925, la Compagnie des Arts français participe à l’exposition internationale des Arts décoratifs qui lui apporte la reconnaissance de ses pères. Le pavillon Fontaine et le musée d’Art contemporain sont spectaculaires et prouvent que Süe et Mare peuvent figurer au premier rang.
Pour la plupart des grands décorateurs et la quasi-totalité des exposants, la manifestation parisienne signifie que la France a retrouvé son rôle ancestral en matière de goût et d’arts décoratifs. Une extension de l’activité de la Compagnie des Arts français était donc prévisible. Ainsi, 1925-1927 semble être des années de pleine activité pour la Compagnie des Arts français.
Outre les réalisations pour le décorateur Patou ou pour Mme Renouardt, Süe et Mare participent au décor du grand salon de première classe du paquebot Île-de-France. C’est un honneur redoutable qui confirme bien l’aura des deux associés.
Néanmoins, dès 1927 la Compagnie des Arts français accusa un certain manque de renouvellement. Il fallait en élargir les cadres et l’ouvrir à des conceptions artistiques plus variées. Ainsi, c’est à Jacques Adnet qu’échut la direction de la Compagnie.
Une fois les tumultes de fin de contrat évacués Louis Süe, se consacre à l’architecture tandis que André Mare, se consacre à la peinture jusqu’à la fin de ses jours, il décède en 1932 suite à la maladie. Entre 1934-1935, Süe réalise un des deux appartements de la suite Deauville pour le paquebot Normandie. En 1937, Louis Süe présente à l’Exposition internationale de Paris un ensemble monumental.
L’œuvre architecturale de Süe se prolonge avec succès jusque dans les années 60’. Il travaille pour une clientèle aisée, à Biarritz pour J.Patou, à Paris pour la Princesse Rubinstein pour ne citer que quelques personnalités.
Pour conclure, il faut noter, qu’en aucun cas, ce résumé se veut exhaustif ou suffisant pour témoigner de la finesse et de la clarté de l’œuvre foisonnante et singulière de Louis Süe et André Mare. Néanmoins, il procure l’ébauche pour une analyse plus détaillée et complète de leurs œuvres et permet de caresser leurs parcours artistiques afin de mieux cerner les caractéristiques qui forgent leur art et leur tempérament.